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Entretien avec l'auteur

(Propos recueillis par Anton Dichiliev, août 2014) Cécil Mévadat,  entretien concernant le LP 'Errances' qui sortira cet automne en autoproduction totale.

Parle nous de cet album  "Je crois que je me serai pas foutu de la gueule de ceux qui vont l'écouter! Surtout pour un album autoproduit entièrement!

 

16 musiciens, beaucoup de séances d'enregistrement, d'editing, de mixage, beaucoup de matériel... Sans parler des visuels, de la maquette. C'est quand même un boulot de dingue! Heureusement je me suis bien entouré! Antoine Viossat, par exemple, est crédité pour le mixage mais il a souvent joué le rôle de consultant artistique, preneur de son, monteur son en s'impliquant un maximum!

 

Et puis j'ai trouvé des musiciens vraiment très bons! Faut pas oublier qu'ils ont accepté sans contrepartie, hein! Je n'ai pas Sony Music derrière moi, et ça m'étonnerait que ça se produise de sitôt! (rires) L'autoprod implique de convaincre, faut que les maquettes sonnent et groovent dès le départ pour que des bons musiciens aient éventuellement envie de les jouer! Parfois faut savoir passer le pied dans la porte et insister un peu! (rires)

 

En tout cas, là ça joue très bien! Il y a plein d'instruments et de sons étranges, parce que j'adore les mélanges et les atmosphères. Des bandonéons, un oud oriental, une chanteuse lyrique, de la flûte traversière, un cavaquinho, des sons de New York, une guitare flamenca... Des batteries enregistrées en studio, quand même!

 

J'ai demandé à l'ingé mastering [Roger Roland pour Studiolair - NDR] de ne pas trop "bourriner" avec le son, je préfère que ça sonne un poil moins fort mais qu'on ait plus de détail dans le son, plus de naturel. Ces tracks tellement compressées que tout cogne fort sans arrêt, je trouve ça naze! 

 

Pourquoi ce titre, ErrancesC'est le fil conducteur! C'est une errance multiple... Errances politiques, je crois qu'on dira pas le contraire en ce moment (rires)!... Errance au sens du voyage, errance intérieure, presque aux frontières de la folie... D'une sorte de folie! Cet album c'est cinq ans de vie!

 

Et après?...  Juste avant la sortie de l'album je vais m'occuper de la diffusion internet, les plateformes, tout ça... Ca ne me passionne pas vraiment, mais c'est l'époque qui veut ça, donc je vais m'y mettre très sérieusement! Là encore je ne suis pas tout seul! Ensuite je vais chercher une prod, trouver des moyens pour monter un vrai concert! On va me dire que c'est de la folie, mais je veux six musiciens sur scène, mon ami Antoine à la console, des vrais retours et des vraies lumières! Je ne suis pas raisonnable, comme mec! Mais je suis tenace."

Titre par titre :

La poudrière /  "C'était l'endroit où on stockait la poudre et les munitions, pour que ça reste au sec et à l'abri de l'ennemi! Il fallait traquer les étincelles!...

J'emploie cette image pour évoquer certains endroits que je connais bien. Je parle des plateformes géantes des call center, à la périphérie des grandes villes...  Ce sont les usines du 21ème siècle! C'est soft, les conditions sont correctes, l'ambiance est plutôt bon enfant, et pourtant!... Ca fait quand même quelques morts de temps en temps, écrasés par la machine...


 Le tout enrobé de messages hyper positifs qui me rappellent un peu "Le prisonnier", cette série anglaise des années 60, absolument géniale! Il y a ce village d'anciens espions emprisonnés, ils ne sont plus que des numéros, et des haut parleurs envoient des messages abrutissants toute la journée, "Encore une belle journée au village!!! Le parfum de la glace du jour est : FRAISE!"
Le tout c'est de réussir son évasion!... (rires)"

 

 

Dérives / "C'est un reggae électrique et politique, avec des harmonies qui s'inspirent de la morna du Cap-Vert, d'ailleurs on y entend le son d’un Cavaquino pendant le refrain... En même temps le son a comme un côté vénitien, scintillant... 

J'adore ces harmonies, le climat reste léger tout en étant triste... C'est très portugais! Le son d'arpèges du début a été obtenu à la stratocaster en utilisant un pédale Boss de simulation de guitare folk. La phrase qui a déclenché le texte c'est "Plus les lois sont dures, plus les tueurs sont forts"... Je l'ai écris quand Sarkozy était encore au pouvoir, mais vous allez voir qu'il va me redonner 5 ans d'actualité, j'en ai bien peur!"

 

 

Alexandra / "Ca se passait en 2002, au Mabillon, un bar de nuit qui est devenu très sage depuis, sur Saint-Germain... Et ça s'est déroulé exactement comme ça! En rentrant, au petit matin, à pied, j'avais déjà le refrain écrit dans ma tête!


Au départ je l'avais imaginée en reggae, mais comme le texte imposait un tempo assez lent, ca donnait un truc un peu endormi... C'est des années plus tard que j'ai décidé d'en faire un morceau plus latino, avec une guitare d'inspiration flamenco on va dire, un piano qui sonne Cap Vert et un soupçon de tango sur le refrain!"

 

 

The Garage / "The Garage, c'est un grand bar à musique entre Greenwich Village et Washington square. Il y a une scène, 5 mètres de plafond et un bar en U avec un serveur bodybuildé qui avait toujours des réparties toutes faites, comme les américains les aiment! 

-I"ll get a Caïpirinha, but please make it very strong!
-Is there another way to do it, sir?*

 

C'est étonnant à quel point les américains, spécialement les new-yorkais, parlent et bougent comme on le voit dans les séries, avec ces petits traits d'humour, ces gestes un peu cliché... Il y a longtemps je croyais que c'était les acteurs qui jouaient tous de la même manière, mais non! Ils sont vraiment comme ça!


A New-York on a vraiment l'impression d'être dans un film!... C'est vraiment cliché de dire que cette ville fout la patate, mais c'est pourtant exactement ça!...Tu peux marcher 15 bornes sans t'en rendre compte tellement t'es dans cette énergie!... Et puis le son! Les canyons de béton renvoient le son des sirènes d'ambulance avec un echo, comme dans les films des années 40

 

On a fait ce montage sonore, au début, justement avec des dizaines de sons que j'avais enregistré sur place avec un H4"

 

*-Donnez moi une Caipirinha mais très forte s'il vous plait  -Existe-t'il une autre façon de la faire, monsieur? - NDR


55 mph / "Bon, là c'est vraiment du cinémascope... De la full HD, pour être plus actuel! (rires)... C'est quelques temps après un road trip de 3 semaines en Arizona que j'ai eu envie de raconter ça... C'est rare que je décide d'une chanson, en général elle vient à moi quand il faut que ça sorte! Je suis parti sur ce rythme blues assez lent et j'ai tout de suite installé ce petit coup d'orgue en afterbeat pour créer ce balancement. C'est hypnotique!

J'ai voulu retrancrire ce que c'est que de rouler des heures sur des routes à perte de vue, à 55 mph, dans un décor incroyable mais interminable... Tout le monde est sur cruise control, et comme ils ne sont pas tous calibrés pareil ils mettent 1/4 à se doubler... De toute façon il n'y a personne en face!

La fin est clairement un clin d'oeil à Ennio Morricone! J'ai d'abord composé la partie avec un sample de chanteuse lyrique... Une horreur, mais ça rend service! Après j'ai cherché une chanteuse lyrique! J'ai mis du temps à trouver Audrey Vanlauwe! Elle est venue dans mon studio pour les essais. Elle m'a dit "désolée, vu que c'est haut je vais devoir le chanter trèèès doucement!" J'ai dit "OK". Et quand les vitres se sont mises à vibrer, là j'ai mieux compris ce que c'était que le chant lyrique!

Le joueur de flûte, sur l'illustration, est un personnage de la mythologie des indiens Anasazis, qui étaient dans ces régions de l'Arizona et du Nouveau-Mexique il y très longtemps. Il s'appelle Kokopelli! On dirait le nom d'un personnage de guignol, tu trouves pas?... Apparemment c'était un raconteur d'histoires, un espèce d'esprit de la musique, qui portait bonheur..."

 

Maman / "le piège c'était de tomber dans le pathos. Je crois l'avoir évité, mais c'est à vous de voir... On sent bien qu'on a enregistré ensemble, le pianiste et moi. Je disais à Bruno [Bruno Lucenti - NDR] qu'il fallait la réussir du premier coup pour que je ne perde pas la spontaneité, mais finalement Il m'a fallu trois prises pour entrer dedans! On dialogue pas avec sa mère comme ça, en public, sur commande! Faut s'échauffer... Chauffer la carapace pour qu'elle s'assouplisse, et surtout pas penser!

Maman on se l'est jamais dit... C'est le piano qui finit par le dire!" 

 

Errance / "Alors là, ceux qui vont comprendre ce que je raconte vont faire fort!...(rires) C'est un texte très codifié, je ne sais pas écrire ces choses-là autrement! Mais aucun mot n'est gratuit, tout a une signification bien précise! En tout cas pour moi... 

C'est qui l'homme en noir, au début? / Il n'existe pas au sens propre, c'est plutôt une image que je me fais de l'homme que j'estime devoir devenir! Un mec qui aurait la classe de vivre ses délires jusqu'au bout, la droiture, le courage, tout ça... Quand je dis "cet homme en noir que j'ai peu connu" ça veut dire que j'estime être encore loin du compte! Mais je progresse... J'affronte mes peurs, une par une! C'est dingue à quel point t'as beaucoup de gens qui évitent de regarder leur trouille, ou bien ils la justifient! Moi je crois que la peur c'est l'ennemi, le vrai! Or il faut apprendre à bien connaître son enemi"  

 

Insomnie / "Au départ cette chanson sonnait très différemment! J'avais cette batterie blues, avec une superbe prise de son, les guitares blues également, ça sonnait mais je n'aimais pas! Rien à faire! Ca manquait d'ambiance, de mystère, il y avait un côté trop lumineux... Et puis je n'allais pas faire le chanteur de blues! (rires)...

J'étais sur le point de l'enlever purement et simplement de l'album, mais au mixage, avec Antoine Viossat, j'ai fini par trouver: On a tout mis à plat, enlevé les réverbes... On a trafiqué les pistes de la batterie avec des filtres, une simulation d'ampli, compresseurs...pour lui donner le son d'une loop, ou même d'une boite à rythme, on a rajouté un kick sub-bass, et à partir de là on a reconstruit le son! J'ai passé le pseudo refrain en mineur, et au final on a ce morceau vaporeux, onirique, un peu liquide...

Le plus drôle c'est la batterie: Il y avait 8 micros dessus, à différents endroits, plus 2 micros d'ambiance au fond de la pièce, 2 heures pour tout régler!... Et finalement on choisit un petit son qu'on aurait pu avoir en 10 mn en enregistrant avec un I-Phone! (rires)"

 

Cannibales / "Je dédie ça à Goldman Sachs, tout est dit! Je parle de ces espèces de machines de guerre financière... Je dis machines parce que leur raison d'être est aveugle. S'il faut détruire l'économie d'un pays entier pour faire +5% ils vont le faire! Des anciens dirigeants de ces hydres sont en ce moment à des postes clé dans les institutions de l'Europe! Cherchez bien... Mais j'aurais aussi pu dédier ça au groupe Bilderberg!

La musique est de Julien Ege, alias Yoshed! Une simple descente d'accords orchestrale, avec ce piano très simple... Je suis tombé dessus par hasard et ça m'a donné envie de dire ce texte, pas terminé à l'époque, sur cette musique. Je lui ai envoyé et il a adoré.

Mais je voulais sortir de ce petit côté Hollywood dans les violons, donc je suis parti sur un son complètement froid, à base de couches de nappes. J'entendais un Oud oriental, j'en ai trouvé un, Pierre Clavé. Comme par ailleurs j'enregistrais Audrey Vanlauwe en cantatrice soprano dans 55 mph, je lui ai proposé d'ajouter sa voix magnifique sur cette chanson... Je voulais une représentation de la solitude! C'est elle qui a composé ses parties, et je les trouve superbes!"

 

Ne me laisse pas / "Ce texte est construit comme un piège!
A première vue on dirait un film d'anticipation à la Blade Runner, avec des références directes au 1984 d'Orwell. C'est très codifié, mais chaque mot a une signification bien précise! Apparemment le personnage habite un monde futuriste et froid, il n'en peut plus et demande à son amoureuse de le sortir de là!... Mais en fait le sens du texte n'est absolument pas celui-là! Ca ne se passe pas à ce niveau de lecture

Ceci dit je ne suis pas sûr que la partie finale reste de la fiction bien longtemps! Vu qu'on se judiciarise, tu sais... De plus en plus de textes, de recours, de plaintes!... Le politiquement correct... Contractualiser la relation, comme disent les formatrices en management!... Ca promet, non?

Le son démentiel, avec de l'écho, qui apparait régulièrement dans la chanson a été fait avec un synthé virtuel qui s'appelle "Unique", et c'est une merveille! C'est pas souvent qu'un plugin a un vrai son... Et je ne suis pas endorsé! 

 

 

Chanter / "A l'origine je voulais faire un duo avec Sylvie, quelqu'un de mes proches qui est une véritable aventurière, presque insoupçonnée... J'ai donc écrit un texte qui serait une sorte de profession de foi pour chacun de nous, ainsi qu'un point de la situation. ''Chanter la course des enfants sur les pavés de Salvador", je ne m'étais pas foutu d'elle, si?...

On a donc répété, travaillé cette chanson mais c'était difficile pour elle, je ne m'étais pas trop embarrassé des histoires de tessiture... Et puis c'est un texte difficile à chanter, beaucoup de mots! Alors finalement j'ai changé mes plans et fait appel à une chanteuse que j'ai découverte sur le net, Sophie Longrais. Elle chantait une chanson de sa composition, "Tu es un homme", et sa voix sur un vers précis m'a donné envie de la contacter! Je continue de pas le regretter! 

J'aime bien cette déferlante de sons jusqu'à la fin! Ca commence sobre et franchement latin, avec cette guitare flamenca, et ça finit Europe centrale un peu tzigane, avec des relents de moyen-orient! On peut dire que c'est un manifeste de vie, rien d'original! Je termine l'album sur ces mots "Tenir debout / Rester en vie" et pour moi c'est un peu l'antidote au côté pessimiste de certains morceaux, comme Cannibales ou Ne me laisse pas!"  

 


bonus track "Ma Garde" / "Ce titre a été improvisé & enregistré pendant la nuit du 1er janvier 2014, ça a été écrit dans l'urgence... Comme un poison qui doit sortir! La plupart des vers sont du premier jet, j'ai très peu retouché le texte. C'est une maquette, j'ai tout joué avec des instruments virtuels, avec quand même des bons plugins (UAD-2 par exemple). Gros travail au mixage pour donner à tout ça une couleur cinéma fin 70's, à la Rocky, je parle du film d'Avidsen, pas des suites!

Je me suis dit "merde! je la veux dans l'album mais je vais repartir pour 2 mois d'enregistrements!" et j'ai finalement choisi de mettre cette version directement, en bonus track. 

 

C'est une chanson qui s'écoute! Ca parle de choses qui touchent chacun de nous je pense... En tout cas si tu as un peu de vécu! 
A certains moments la seule question qui compte vraiment, c'est : Est-ce que t'as encore envie de te battre?... C'est vrai, non?"

 

Anton Dichiliev - août 2014

lIlustrations John Solo ©2014 – Cécil Mévadat

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